Le ROI du content marketing : quelle est l’ampleur de l’impact et comment le mesurer ?

24 mars 2026

Cartographier les effets du content marketing est un défi, mais ce n’est pas impossible pour autant. Cinq experts démêlent l’impact varié d’un contenu stratégique et expliquent clairement comment le mesurer adéquatement. Un récit ayant pour fil rouge la collaboration.

« La mesure de l’impact du content marketing reste une zone d’ombre. Il me manque une méthode standardisée. Une sorte de currency sur laquelle tout le monde s’accorde. Cela me permettrait de défendre le content marketing avec les mêmes armes que d’autres techniques. Car je reste un inconditionnel. »

Voilà une citation de Yannick De Bièvre, haut responsable du marketing chez Carrefour, qui donne à réfléchir. Et qui constitue un bon point de départ pour une table ronde avec quelques membres de l’Expert Center Content Marketing. S’asseyent à la table : Lore De Jonge et Bert Goessens (Bold & pepper), Louise Haspeslagh (com&co), Stijn Jacquemyn (HeadOffice) et Els Mortier (Propaganda Group).

« Entre agences de content marketing, cela fait quelque temps déjà que nous jouons avec l’idée de développer une méthodologie de mesure standardisée », dit Bert en reconnaissance du besoin soulevé. « Mais nous n’avons pas encore trouvé la formule magique. » Sans doute parce que celle-ci n’existe tout simplement pas : les mécanismes qui font le succès du content marketing sont, par définition, plus difficiles à saisir dans un retour sur investissement.

L’impact stratifié du content marketing constitue un premier facteur dans ce contexte. « Le contenu peut remplir différents rôles, généralement de soutien : de la construction de la valeur de marque à l’accélération de l’activation en end-of-funnel. Ces rôles exigent aussi une autre manière de mesurer. » Lore acquiesce d’un signe de tête et ajoute un second élément : le long terme. « Souvent, les campagnes sont axées sur une activation rapide. Le content marketing construit quelque chose de plus lent, mais de plus solide : la reconnaissance, la confiance et la préférence. »

Le content marketing : un levier indirect dans le ROI de la communication

Afin de quand même franchir le pas vers des mesures d’impact efficaces – un pas qui est absolument réaliste –, nous devons, selon Louise, nous éloigner de ce qu’elle appelle ‘l’îlot de contenu’. « Il est parfaitement possible de développer une série de KPI, de plans de mesure et de tableaux de bord pour notre contenu. Mais alors vous n’avez pas encore une idée de l’impact sur le business. Le contenu n’est qu’un seul rouage dans l’ensemble de la communication. C’est pourquoi il ne faut pas parler du ROI du contenu, mais du ROI de la communication. »

Cette perspective permet de mieux cerner le rôle du content marketing – ce qui est particulièrement nécessaire en période de turbulences économiques, lorsque l’appel au rendement (prouvé) se fait encore un peu plus insistant. Stijn : « En tant qu’entreprise, on ne veut pas mesurer son contenu, mais ses chiffres de vente et des indicateurs comme la perception de marque. Le content marketing y contribue grandement. »

Le fait que l’impact mesuré est alors plus difficile à attribuer à des leviers spécifiques tels que le content marketing nécessite, aux yeux de Louise, un changement de mentalité chez le client. Els est tout à fait d’accord. « Il s’agit d’amener les marques à adhérer à cette vision et de les mettre à niveau quant à la différence entre l’impact direct et l’impact indirect. Alors qu’il est bel et bien possible d’établir un lien entre l’impact direct et des actions spécifiques, c’est beaucoup moins le cas pour l’impact indirect, qui manifeste souvent un certain décalage. »

Le content marketing : puissant à long comme à court terme

Affirmer que le content marketing ne sert qu’à atteindre des objectifs à long terme serait réducteur. Comme le prouve ce dossier, il s’agit d’une technique qui, naturellement, colle de près aux efforts de branding d’une entreprise, mais qui recèle aussi un fort potentiel de performance. Un contenu de qualité peut jouer un rôle à toutes les étapes du funnel. « Prenons l’exemple de la campagne e-book classique », dit Louise. « Si l’équipe Sales rebondit rapidement sur un téléchargement, on parle alors d’un parcours assez court vers la conversion. »

« Il devient de plus en plus difficile de n’opérer qu’avec des publicités classiques » ajoute Stijn. « Apprendre à connaître les marques par le biais du content marketing plaît de plus en plus. Cela semble plus naturel et peut en effet même rapidement donner des résultats – surtout en digital. » Le fait qu’un tel ROI est aussi plus facile à quantifier est un avantage appréciable

Le content marketing en tant que flipper : à chaque fois un flux unique de moments de contact significatifs

De la théorie à la pratique

Pour résumer : le content marketing est l’une des facettes d’une palette plus large de stratégies marketing et de communication, et un excellent outil pour contribuer à soutenir la réalisation de divers objectifs d’entreprise. C’est on ne peut plus vrai, mais cela appelle à formuler une observation pratique…

Il s’avère ainsi que pour des agences spécialisées comme Bold & pepper, il est loin d’être facile de réellement combler le fossé entre son propre îlot de contenu et les autres silos de communication.  Bert : « Dans de nombreux cas, le contenu est réparti sur toutes sortes de canaux et moments de distribution, ce qui le rend plus difficile à mesurer et à suivre. Dans quelle mesure notre travail influe-t-il alors sur les résultats ? Nos clients ne sont pas toujours en mesure d’y répondre. »

C’est un défi reconnaissable, qui pousse Louise à prodiguer le conseil suivant : « Si revendiquer un rôle central ne tient pas la route, vous ne devez pas le faire. Par contre, engagez le dialogue avec le client: s’il assure un suivi et s’il cartographie l’impact de l’ensemble de la communication, vous pourrez vous attendre à des rapports réguliers en tant que partenaire en contenu. Vous pourrez ainsi évaluer ensemble si le contenu remplit bien le rôle qui lui est attribué. »

Dans le content marketing, la production et la distribution déterminent ensemble le ROI

Une bonne entente avec le client est cruciale ; sur ce point, le panel est unanime. Cela commence dès les premières discussions : des attentes claires concernant les objectifs visés constituent la clé du succès.  « Des discussions au cours desquelles, dans l’idéal, les départements et les partenaires trouvent déjà un terrain d’entente commun », souligne Els. « La définition des KPI – y compris la mise en place technique des mesures – est le moment idéal pour faire tomber les murs de séparation. »

Également poursuivre ce dialogue et cette collaboration par la suite, telle est la devise. Afin d’ajuster les objectifs et les métriques si nécessaire – « Le maintien structurel de ce suivi est souvent un point à améliorer », dixit Bertet dans une perspective purement opérationnelle. « Comme nous ne sommes pas toujours à la manœuvre, la mise en œuvre et la diffusion de notre contenu peuvent s’écarter des objectifs fixés », indique Lore. « En d’autres mots, nous n’avons souvent pas prise sur l’optimisation du contenu, ce qui est pourtant une étape cruciale pour augmenter l’impact des efforts. »

Une relation de confiance avec le client est le terreau idéal pour une communication ouverte. Louise : « Vous pouvez ainsi suivre l’ensemble de la situation sans paraître menaçant. En tant qu’agence, vous n’avez pas besoin d’assurer la régie – celle-ci peut parfaitement être aux mains du client ou d’une autre agence –, mais vous devez bel et bien vous impliquer. »

Des vanity metrics facilement mesurables ou l’impact réel ?

La clarté concernant les KPI aide dans la lutte contre les ‘vanity metrics’, ces statistiques superficielles qui ne disent pas grand-chose sur la valeur business réelle d’une action marketing. « Les vues, les likes et les partages ont beau faire joli dans une présentation,  ils ne reflètent  généralement pas bien ce que contribue réellement le contenu à une marque », affirme Stijn.

Sur ce plan, Louise perçoit une évolution positive, mais elle relève tout de même encore un focus excessif sur les leads. « Dans la pratique, ceux-ci font souvent office de maigre lot de consolation. Si rien n’est fait pour les valoriser, il n’y aura en effet pas d’impact sur le business. Les organisations qui ne sont pas en mesure d’assurer un suivi correct de tels leads ont tout intérêt à se réorienter vers une campagne plus large axée sur la visibilité. » Dont les effets seront moins faciles à mesurer, mais potentiellement plus importants.

Les métriques qui importent réellement : rapporter sur base de la valeur

Mesurer le ROI du content marketing : une boîte à outils coûteuse n’est pas un must

Outre les outils analytiques gratuits qu’offrent les canaux, les marques disposent idéalement d’un brand tracker. Cet outil permet un suivi continu des initiatives marketing, en fonction d’un nombre d’indicateurs bien définis tels que la notoriété et l’image de marque. Il est ainsi possible de mesurer également l’impact et la valeur ajoutée des actions à long terme.

« Mais il y a un os : les entreprises paient déjà pour la création de contenu et doivent ensuite investir encore pour connaître le ROI », remarque Louise. Els nuance cet obstacle. « Souvent, c’est plutôt une question de conscience et d’optimisation. Les outils gratuits vous permettent déjà de faire un bon bout de chemin. À condition de les utiliser correctement. »

À cet effet, elle donne deux conseils concrets : commencez par un plan de mesure solide – par « cartographier ce que vous voulez mesurer et comment vous souhaitez le faire » – et efforcez-vous d’ajouter un maximum d’insights qualitatifs aux données quantitatives. « Si vous savez comment les gens traitent et réagissent à votre contenu, vous pourrez l’affiner de manière très ciblée. »

Stijn s’attarde encore brièvement sur la place de l’agence de content marketing dans tout cela. « Tout comme nous faisons partie du plan de communication plus large, nous contribuons aussi à la mesure des résultats. Ce n’est qu’en reprenant le contenu dans ces mesures que l’impact sur une marque devient évident. » Ensuite, comme évoqué précédemment, des évaluations régulières sont indispensables.

Comment la data permet d’affûter encore davantage le contenu

« Le contenu est un moyen et non une fin »

« Les dashboards et les métriques ne racontent jamais toute l’histoire », opine enfin Bert. « Les courbes ascendantes dans les chiffres sont importantes, mais la réaction et l’avis du lecteur sont au moins tout aussi précieux. »

« Embrassez l’insondabilité des choses », conclut Louise en relayant le bon conseil qu’elle donne souvent aux clients. « C’est ainsi qu’un jour, pendant le déjeuner, nous avons appris par hasard qu’un collaborateur clé avait rejoint l’équipe après avoir vu notre campagne de contenu. Ne vous perdez donc pas dans les dashboards, car il y a en outre tant qu’on ne peut pas mesurer. Et retenez ceci : le contenu est un moyen et non une fin. »

Le content marketing en guise de pont entre le branding et le marketing de performance

Yannick de Bièvre (Carrefour) au sujet du rapport entre marque et performance

À la table ronde

« Les données rendent le storytelling plus performant ». Et voici comment.

Contenu et données. À première vue, les deux notions semblent opposées. En pratique, elles se renforcent pourtant mutuellement. Et les marques qui veulent créer un impact réel ne choisissent pas entre storytelling et données : elles les combinent. Dans cette logique, les données interviennent avant, pendant et après la création. Éclairage et analyse avec Jente Joris, Managing Director chez HeadOffice, et Kimley Briesen, Strategic Lead chez Hotel Bonka.

Selon Jente Joris, le storytelling data-driven permet surtout d’éviter un écueil classique en content marketing.

« Trop de contenus partent de ce qu’une marque veut raconter, plutôt que de ce que ce récit doit produire. On aboutit alors à de belles réalisations, mais qui ne trouvent pas leur public ou ne génèrent pas l’effet escompté », explique-t-il.

Chez HeadOffice, le storytelling guidé par les données n’est donc pas une analyse a posteriori. C’est d’abord une manière de préciser, en amont, ce sur quoi une marque doit concentrer ses efforts.

Trois questions structurent cette réflexion :

  1. Où se situe l’opportunité émotionnelle ?
  2. Où se trouve le potentiel de croissance ?
  3. Où se situe la friction ?

L’opportunité émotionnelle se lit notamment dans le brand tracking, le NPS ou les associations de marque. Le potentiel de croissance s’observe à travers les comportements de recherche, l’intérêt pour la catégorie et la part de marché. La friction, elle, apparaît dans les drop-offs, une faible rétention ou un engagement limité.

« Sans ce travail d’analyse, on obtient une créativité séduisante, mais superficielle », résume Joris. « Nous préférons une créativité qui poursuit un objectif clair. »

De la stratégie à la production

Pour Jente Joris, les données n’orientent pas uniquement les choix éditoriaux. Elles influencent aussi la production.

Aujourd’hui, un contenu doit à la fois résonner auprès des audiences et être lisible pour les machines. En phase de planification, les équipes s’appuient donc sur un monitoring des tendances en temps réel pour détecter rapidement les formats émergents. L’enjeu n’est pas seulement d’identifier les volumes, mais aussi les dynamiques : quels formats progressent, à quelle vitesse et dans quels contextes.

Ces insights ont ensuite un impact direct sur la construction des contenus. Une vidéo longue sur YouTube n’obéit pas au même rythme ni aux mêmes codes qu’un reel Instagram. En ce sens, le storytelling guidé par les données consiste à faire des choix précis : où investir, dans quel format, et avec quel angle narratif.

Pour Samsung, HeadOffice produit, par exemple, du contenu B2B très ciblé, notamment pour les collaborateurs des magasins Telenet. Ces formats ont évolué de témoignages plus classiques vers des contenus sociaux courts, nourris par les insights d’audience et les données de performance.

Pour A.S. Adventure, de nouveaux formats ont été développés à partir d’analyses SEO et de données internes, puis conçus de manière à performer de manière optimale dans les moteurs de recherche.

La créativité reste le moteur. Les données apportent la direction et la précision.

Utiliser les données sans leur laisser le dernier mot

Comme HeadOffice, Hotel Bonka considère les données comme un levier pour orienter la création. Mais pour Kimley Briesen, il faut d’abord clarifier ce que l’on entend exactement par là.

« Les données sont avant tout des informations », explique-t-elle. « Des faits, sans interprétation. Ce sont les personnes qui les traduisent en intention. »

La nuance est importante. Pour elle, un contenu data-driven n’est pas un contenu dicté par les chiffres. C’est un contenu intentionnel, qui s’appuie sur les données pour provoquer un changement concret.

Hotel Bonka distingue ainsi trois façons dont les données interviennent dans un projet de contenu. Elles rejoignent d’ailleurs largement le cadre stratégique décrit par HeadOffice.

  1. Comprendre les besoins
    Les données permettent de repérer ce que les gens cherchent, ce qui leur manque ou ce qu’ils évitent. Elles soutiennent la réflexion, sans la remplacer.

    Le contenu est d’abord conçu pour des lecteurs, des spectateurs ou des utilisateurs. Ensuite seulement pour les organisations, les marques, puis les machines et les algorithmes.

    Dans la campagne autour des Zomerscholen, par exemple, Hotel Bonka n’est pas parti d’objectifs politiques, mais des questions concrètes posées par les parents et les écoles. Une analyse SEO a fait émerger plusieurs incertitudes très pratiques : est-ce gratuit ? À qui le programme s’adresse-t-il ? Quand peut-on s’inscrire ? Qui organise ces écoles d’été ?

    À partir de ces intentions de recherche, des pages web et différents formats de contenu ont été développés pour apporter des réponses directes.

  2. Utiliser les données tout au long du processus
    Pour Kimley Briesen, travailler de manière data-driven signifie aussi ne pas réserver les données à la seule phase d’évaluation.

    « Trop souvent, les organisations créent d’abord du contenu, puis regardent ensuite les chiffres. Cela revient à faire une analyse après coup », dit-elle.

    Chez Hotel Bonka, les équipes commencent par définir ce que signifie le succès et la manière dont il sera mesuré. Elles testent ensuite différents formats sur plusieurs canaux, en analysant non seulement la portée, mais aussi le comportement réel des audiences.

    Chez KINTO Europe, par exemple, les publications LinkedIn obtenaient au départ de bons scores d’engagement. Mais l’analyse a montré que les interactions provenaient surtout d’employés et de contacts du secteur. En étudiant les concurrents et en identifiant un content gap, l’équipe a développé de nouveaux piliers de contenu à destination des fleet managers. Grâce à une distribution plus ciblée, les interactions se sont progressivement déplacées vers le bon public.

  3. Faire des données un point de départ créatif
    Les données peuvent aussi directement faire naître une idée créative.

    Pour Instituut Gezond Leven, une analyse fut menée afin d’identifier les plats que les Flamands cuisinent le plus souvent. Le constat ? Les gens adoptent rarement des recettes inédites, mais ‘aménagent’ volontiers autour de classiques qu’ils connaissent déjà.

    Les plats les plus populaires ont donc été retravaillés en intégrant des légumineuses comme alternative, puis diffusés via des influenceurs. Le storytelling s’est construit en plusieurs temps : inspiration, recettes, puis accompagnement autour de l’usage et de la répétition.

    Les données prennent toute leur valeur lorsqu’elles servent une intention claire et un changement concret.

Trois raisons pour lesquelles le storytelling data-driven fonctionne

Les données et le contenu ne sont pas des opposés. Bien utilisées, les données augmentent les chances qu’un contenu atteigne son objectif. Cela ne signifie pas laisser les chiffres décider à votre place, mais s’en servir pour poser des choix plus justes et mieux fonder son analyse.

D’abord, les données permettent de mieux comprendre les besoins, les intentions et les freins d’un public et dès lors, de changer un comportement. Ensuite, elles aident à identifier ce qui fonctionne réellement, afin d’ajuster la stratégie en continu. Enfin, elles contribuent à créer un meilleur contenu en nourrissant la création avec de nouvelles pistes plus pertinentes. Alors, qu’attendez-vous ?

Jente Joris

Managing Director, HeadOffice

Kimley Briesen

Strategic Lead, Hotel Bonka

Pourquoi le content marketing fait la différence à chaque étape du funnel

Le content marketing dans le flipper : pourquoi un contenu pertinent fait vraiment toujours la différence

16 mars 2026

Le content marketing est encore trop souvent perçu comme un moyen de générer de l’audience ou de collecter des leads. En réalité, il joue un rôle à chaque étape du processus de décision. Pas comme un parcours linéaire vers la conversion, mais comme une série de points de contact significatifs. Pour comprendre comment le contenu produit réellement de la valeur, il faut d’abord abandonner l’idée que les clients se laissent sagement piloter à travers un funnel. C’est l’opinion de Jonas Vandroemme, Managing Partner et Strategist chez com&co.

Le marketing funnel a pris de nombreuses formes au fil des années. De l’entonnoir classique au flywheel (ou volant d’inertie), au sablier et à bien d’autres trouvailles créatives. Chaque nouveau modèle poursuit le même objectif: mettre de l’ordre dans la manière dont les gens prennent des décisions.

L’illusion de la ligne droite

La popularité des funnels se comprend. Les modèles linéaires suggèrent prévisibilité et contrôle, deux qualités très appréciées dans les plans marketing et les présentations au Board. Hélas, ils donnent aussi, encore et toujours, une image déformée de la réalité. Tous ces modèles reposent sur la même présomption implicite: les processus de décision suivraient une séquence logique.

Quiconque observe son propre comportement d’achat sait que cela correspond rarement à la réalité. On lit un article, on voit passer une vidéo plusieurs mois plus tard, on cherche un nom de marque sur Google, on compare des alternatives, on oublie le sujet, puis on tombe soudain sur un témoignage qui déclenche l’achat.

Bienvenue dans le flipper

Le chemin qui mène finalement à la conversion est rarement rectiligne. Le meilleur ‘funnel’ que j’ai vu passer récemment prenait la forme d’un flipper: un cadre lumineux et chaotique dans lequel les prospects sont projetés dans tous les sens par les algorithmes, les recommandations, les plateformes communautaires et les réseaux sociaux. Ils rebondissent d’un touchpoint à l’autre pour finir – peut-être ! – par convertir. Reconstituer ce parcours imprévisible dans vos analytics ? Bonne chance.

Les utilisateurs se meuvent entre les points de contact selon leur propre logique : toujours de manière imprévisible et rarement en accord avec le plan machiavélique concocté par le marketeur.

Le flipper constitue une métaphore utile pour esquisser pourquoi, en tant que marketeurs, nous avons parfois tendance à mal interpréter la notion de ‘customer journey’. Le rôle du marketing ne consiste pas à ‘tracer’ ce parcours. Le public cible s’en charge lui-même. Ce dont nous devons nous occuper, c’est de créer un terrain de jeu où chaque moment de contact, quel que soit l’ordre dans lequel il apparaît, reste pertinent.

Créer des collisions significatives

Autrement dit, un contenu réfléchi et efficace est nécessaire à chaque bumper du flipper.

  • Un article ouvre une nouvelle perspective ou formule un problème de manière plus pointue.
  • Une vidéo réduit la complexité et rend une solution tangible.
  • Un case renforce la crédibilité.
  • Une page produit supprime les frictions lorsque la décision approche.
  • Une landing page dissipe les derniers doutes.

Les utilisateurs se meuvent entre ces points de contact selon leur propre logique. Toujours de manière imprévisible et rarement en accord avec le plan machiavélique concocté par le marketeur.

Cet insight explique pourquoi le content marketing peut avoir un impact aussi large. Le contenu agit comme une infrastructure qui relie l’ensemble du cycle de décision, quelle que soit la forme qu’il prend. Il éveille la curiosité chez des personnes qui ne connaissent pas encore la marque, aide les prospects à définir leur problème de manière plus pointue, rend les solutions compréhensibles, réduit le risque perçu pendant la phase d’évaluation et confirme par la suite la pertinence du choix effectué.

Le marketing de contenu n’influence pas une ligne droite. Il réduit l’incertitude et renforce la confiance chaque fois qu’une personne entre en contact avec la marque.

Ce rôle dépasse la division classique entre awareness, considération et conversion. Le contenu fonctionne de manière modulaire : chaque élément remplit une fonction spécifique et essentielle dans un réseau de motivations, d’impressions et d’expériences. Le content marketing réduit l’incertitude et renforce la confiance chaque fois qu’une personne entre en contact avec la marque.

5 conseils concrets

  1. Définissez l’objectif par touchpoint. Délimitez avec précision ce que chaque moment de contact doit accomplir : inspirer, clarifier, instaurer la confiance, lever des objections ou inciter à l’action.
  2. Concevez le contenu à partir de situations d’usage. Adaptez les formats et les messages aux questions et au contexte dans lesquels les prospects rencontrent la marque, plutôt qu’à des étapes de funnel définies en interne.
  3. Optimisez chaque moment de contact comme un levier de valeur autonome. Partez du principe que les utilisateurs entrent dans le parcours de manière aléatoire et veillez à ce que chaque touchpoint soit, à lui seul, clair et convaincant.
  4. Construisez en parallèle une cohérence de fond à travers les canaux. Veillez à ce que les articles, vidéos, cas clients et supports commerciaux renforcent le même récit et l’approfondissent de manière logique.
  5. Last but not least, considérez le contenu comme une infrastructure stratégique plutôt que comme une tactique de court terme. Investissez de manière systématique dans un contenu qui crée de la valeur à plusieurs moments et construit une confiance durable.

Jonas Vandroemme

Managing Partner et Stratège, com&co

Comment utiliser les données pour affiner votre contenu ?

Les indicateurs qui comptent vraiment : mesurer à l’aune de la valeur créée

Qu’il s’agisse de branding ou de performance, tout l’enjeu est de mesurer ce qui compte réellement. C’est à cette condition que le content marketing peut rendre visible son impact. Els Mortier, Head of Strategy chez Propaganda Group, et Jente Joris, Managing Director chez HeadOffice, plaident pour une approche qui dépasse les vanity metrics et recentre le reporting sur la valeur.

Une stratégie de contenu ne se résume plus depuis longtemps à un calendrier éditorial bien rempli et à une succession de formats correctement planifiés. Les marketeurs les plus avisés savent qu’un bon contenu doit produire un effet tangible sur le business. Pourtant, le reporting ne permet pas toujours de rendre cet impact lisible. Trop souvent, il décrit ce qui s’est passé, sans éclairer ce que cela signifie réellement. C’est précisément là que le cadre doit évoluer.

Passer des vanity metrics à la valeur

Aujourd’hui, le problème n’est pas le manque de données, mais l’excès : nous nous perdons souvent dans une forêt de métriques. Toute la difficulté consiste à identifier les indicateurs les plus pertinents dont nous pouvons tirer de vrais enseignements.

Les impressions, les CTR ou les likes sur Instagram ont évidemment leur utilité. Mais ils disent surtout quelque chose de l’attention ou de l’intérêt généré à un moment donné. À eux seuls, ils ne permettent pas de comprendre dans quelle mesure un contenu contribue, par exemple, à renforcer les associations de marque ou à augmenter la lifetime value.

Pour évaluer la valeur d’un contenu, la clarté est essentielle. Clarté sur ce que l’on entend par succès. Clarté aussi sur les indicateurs qui permettent de l’évaluer.

Le cadre OKR comme levier stratégique

Plusieurs méthodes permettent de structurer ce travail. Leur point commun : remplacer une longue liste de KPI par un nombre limité de points de mesure vraiment utiles.

Chez Propaganda Group, le cadre OKR — Objectives and Key Results — sert à traduire des objectifs stratégiques en résultats lisibles. Il relie des objectifs globaux, parfois inspirants, à des indicateurs concrets qui permettent d’en suivre la progression.

Son principal intérêt est simple : le cadre OKR oblige à faire des choix.

  1. L’objectif formule l’ambition à laquelle le contenu doit contribuer, à court, moyen ou long terme.
  2. Les key results traduisent cette ambition en résultats observables, qui permettent d’évaluer si le contenu produit réellement l’effet attendu.

Le framework permet aussi d’ajouter des indicateurs de diagnostic (diagnostic metrics). Ceux-ci ne mesurent pas directement le succès final, mais servent de signaux précoces. Lorsqu’un indicateur de diagnostic se détériore, ce troisième niveau  permet d’ajuster la tactique plutôt que de devoir expliquer, en fin de trimestre, pourquoi un objectif clé n’a pas été atteint.

On obtient ainsi un ensemble de metrics, cohérent et garantissant une vision claire, en trois niveaux de lecture :

  1. un objectif ;
  2. un nombre limité de résultats clés ;
  3. des indicateurs de diagnostic qui soutiennent le pilotage.

 

Illustrons cela avec un cas fictif :

  1. Objectif
    Augmenter de 10 % la confiance dans la marque d’ici fin 2026.
  2. Key results (métriques de succès)
    augmenter la share of Search de x % d’ici fin 2026.
    b. Augmenter la part des visiteurs récurrents sur le site de x % d’ici fin 2026.
  3. Indicateurs de diagnostic
    CTR en Organic Search
    b. Taux de téléchargement d’un livre blanc.
    c. …

4 conseils pour construire votre reporting avec le framework OKR

Si vous souhaitez utiliser les OKR pour structurer vos objectifs et votre reporting, quatre points méritent une attention particulière.

  1. Formulez des objectifs précis
    Évitez les objectifs et les résultats clés trop vagues qui peuvent être interprétés de plusieurs façons.
  2. Limitez le nombre de résultats clés
    Trois résultats clés au maximum par objectif pour garder un focus clair.
  3. Adoptez un rythme réaliste
    Les résultats clés peuvent être évalués sur une base trimestrielle, tandis que les indicateurs de diagnostic servent à piloter les ajustements intermédiaires.
  4. Testez chaque indicateur avec un “pourquoi ?”
    Demandez-vous systématiquement pourquoi un indicateur est pertinent par rapport à l’objectif. Contribue-t-il réellement à une décision business ou à l’objectif final ? Si la réponse reste floue, il mérite sans doute d’être écarté.

Changer la manière de rapporter, c’est changer la manière de penser

Dans chaque conversation où l’impact prime sur le volume, les échanges deviennent plus utiles et le supplément de temps investi renforce nos clients… et notre propre métier.

Grâce à un framework partagé, les équipes, les clients et les partenaires autour de la table partagent une définition commune du succès et observent les mêmes résultats. Le reporting cesse alors d’être un exercice de justification pour devenir un moment d’apprentissage : les données révèlent où se trouve la prochaine opportunité de croissance et orientent les actions.

Mesurer à l’aune de la valeur créée, plutôt que sur le volume, permet de montrer que le content marketing n’est pas seulement une discipline de production ou de soutien. C’est aussi un levier stratégique, capable de contribuer à une croissance durable.

Els Mortier

Head of Strategy, Propaganda Group

Jente Joris

Managing Director, HeadOffice

Pourquoi le content marketing fait la différence à chaque étape du funnel

Mettons-nous la barre assez haut pour construire le pont ?

20 février 2026

Le branding et la performance sont indispensables, mais un pont est nécessaire entre les deux. Le content marketing peut jouer ce rôle, explique Els Mortier, Head of Strategy chez Propaganda Group. Mais… ce n’est certainement pas toujours le cas. Pour cela, il faut de la création stratégique.

Le content marketing est partout. Les agences de performance en font. Les agences de publicité en font. Les groupes médias en font. Conclusion : le content marketing est devenu une discipline intégrée et a comblé le fossé entre branding et performance. 

Ou pas ? 

Le terme semble surtout être une étiquette que l’on sort aujourd’hui à tort et à raison. Une publicité sociale avec du storytelling ? Content marketing. Une brochure produit sous forme de blog ? Content marketing. Une vidéo de marque ? Content marketing. 

Si tout est du content marketing, alors rien ne l’est encore. 

Ce qui, autrefois, était une discipline assez clairement définie — créer du contenu de valeur pour un public précis, avec pour objectif une action client rentable — se dilue ainsi en un concept fourre-tout. La distinction entre content marketing et simple contenu est aujourd’hui plus floue que jamais. 

Ce qui reste, c’est du bruit. Et l’espoir que le content marketing puisse faire le pont entre la marque et le résultat ? Il reste trop souvent déçu. 

Construire le pont 

Un bon content marketing peut pourtant bel et bien relier branding et performance. Le problème, c’est qu’une grande partie de ce qui passe aujourd’hui sous cette appellation est structurellement déséquilibrée. 

Un bon content marketing a besoin de deux moteurs : la tête — analytique, mesurable, orientée résultats — et le cœur — émotionnel, porté par la magie de la création qui donne du sens. Trop souvent, un seul moteur tourne aujourd’hui. 

Du contenu qui ne sert que la tête : optimisé pour les algorithmes et produit aussi efficacement que possible, mais constitué d’efforts fragmentés sans récit clair. 
Ou du contenu qui ne sert que le cœur : des histoires magnifiques et des visuels intenses, mais sans clarté sur l’objectif qu’ils doivent servir. La tête sans le cœur est froide et transactionnelle. Le cœur sans la tête est un chaos sans direction. Les deux produisent du contenu. Aucun des deux ne construit le pont. 

Le résultat à court terme comme condition pour construire à long terme 

Car pour construire ce pont, une autre approche est nécessaire. Le contexte a changé. Les plateformes récompensent l’engagement à court terme. L’attention est plus rare que jamais. Les budgets sont sous pression. Produire du contenu ne suffit plus. La différence se fait dans la manière de s’y prendre. 

Un content marketing intelligent combine la tête et le cœur. Il part d’insights précis — qui est le public, qu’est-ce qui le motive, qu’est-ce qui fonctionne — et les traduit en quelque chose qui touche. Fierté, sentiment d’appartenance, émerveillement, compréhension, réassurance. 

En même temps, il est rentable. Pas ‘un jour peut-être’, mais dès le premier jour. Non pas parce que le rendement est plus important que le sens, mais parce que les résultats à court terme sont la condition pour construire sur le long terme. 

Création stratégique 

C’est précisément là que le bât blesse. Les plateformes poussent à la fragmentation : personnalisation maximale, variantes infinies. Mais le sens ne naît pas de la fragmentation. Il naît d’histoires partagées. Des histoires à résonance culturelle, qui relient les gens. Ce sont elles qui restent en mémoire. Ce sont elles que l’on se raconte. Ce sont elles qui construisent une marque. 

Cela demande de la création stratégique. La création devient un levier pour générer plus d’impact que le budget seul ne le permettrait. Investir dans ce qui précède la production : l’insight, la recherche, des briefings clairs. Ajuster jusqu’à ce que ce soit juste. Non pas publier plus vite, mais créer plus intelligemment — avec une touche de magie créative et de création magique. 

Popflex Active, un exemple parlant 

Un bon exemple est Popflex Active, même si la marque est moins connue dans nos régions. Tout a commencé en 2009 avec des vidéos de Pilates sur YouTube réalisées par la fondatrice Cassey Ho. 

La tête se trouve dans le travail en amont. Ho sait exactement ce qui préoccupe son public — littéralement, car elle lit chaque commentaire. Elle conçoit des produits qui résolvent des problèmes concrets : des leggings sans ‘camel toe’, des sacs de sport avec des compartiments séparés pour les chaussures sales. Lorsqu’un produit ne marche pas, elle adapte le design sur base des retours et partage tout le processus ouvertement. Pas de suppositions, mais de l’insight traduit en produit. 

Le cœur se trouve dans l’exécution. Ho filme et monte ses vidéos elle-même : croquis de design, coulisses, raisonnement derrière chaque produit. Plus de 70 % du chiffre d’affaires provient de contenu organique. Pas de campagnes ultra léchées, mais des histoires personnelles. Sa communauté sent qu’elle participe à la conception. Résultat : une confiance qui se transforme en loyauté. 

Cette combinaison porte ses fruits : aujourd’hui, ce sont deux marques avec un chiffre d’affaires cumulé de plusieurs dizaines de millions et des ventes qui ont doublé trois années de suite.  

Placez la barre plus haut 

Le content marketing ne mérite pas de se réduire au troisième buzzword aux côtés du branding et de la performance. Ce n’est pas un énième département marketing, ni un choix de formats ou de canaux. C’est une approche qui relie les deux mondes, lorsqu’on s’y prend bien. 

Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Le fossé entre branding et performance ne se comble pas en choisissant l’un ou l’autre. Il se comble avec du contenu qui sert les deux : assez précis pour performer, avec la magie nécessaire pour marquer les esprits. La tête et le cœur. 

On ne construit pas ce pont en produisant davantage de contenu. On le construit en étant plus pointu sur ce que l’on veut atteindre, pour qui, et pourquoi cela compte. En investissant dans le travail en amont. En osant choisir la magie de la création plutôt que du contenu qui ne fait que remplir. 

Pensez à Mondo Duplantis, le perchiste qui bat sans cesse son propre record. Il ne se repose pas après un seul saut réussi. Il place, à chaque fois, la barre littéralement plus haut. Voilà la différence entre faire du contenu et faire du content marketing : non pas se contenter d’un élément réussi, mais constamment élever le niveau. 

La question n’est pas : faisons-nous du content marketing ? 

La question aujourd’hui est : plaçons-nous la barre assez haut pour construire le pont ? 

Els Mortier

Head of Strategy, Propaganda Group

« Ce n’est pas un combat, c’est un course relais »

Résultat rapide ou ‘the long game’ ? Leçons d’or tirées de la petite bible du marketing

19 février 2026

Il est prouvé qu’en tant que marque, il faut investir à la fois dans le branding et dans le performance marketing. C’est notamment ce qu’ont démontré Les Binet et Peter Field. Mieux encore, ils sont même en mesure d’indiquer quel ratio fonctionne le mieux. Jonas Vandroemme, Managing Partner chez com&co, examine ce que le content marketing peut en apprendre.

Au fil des ans, de nombreux ouvrages se sont vu attribuer le titre quelque peu impertinent de ‘bible du marketing’. Celui qui mérite peut-être le plus de tels égards est un livret assez mince. Une petite bible du marketing, pour ainsi dire. Il s’intitule ‘The Long and the Short of It’ et a été écrit en 2013 par Les Binet et Peter Field, deux Britanniques chevronnés qui ont donné une base empirique au concept d’‘efficacité marketing’. Aujourd’hui encore, il constitue un point de départ fondamental pour les choix stratégiques en marketing. Quelles sont les principales leçons de Binet et Field – et comment les appliquer concrètement ?

Des messages rationnels dans des habillages émotionnels

‘The Long and the Short of It’ est le fruit d’une vaste méta-analyse de quelque mille cases soumis aux IPA Effectiveness Awards. Comme son nom l’indique, cette remise de prix biennale au Royaume-Uni ne récompense pas les campagnes les plus créatives, mais celles dont l’impact sur les résultats business est le mieux démontré.

Binet et Field se sont appuyés sur un ensemble de données exceptionnellement vaste, couvrant des cases du début des années 80 jusqu’aux environs de 2010. Ils ont analysé ces données pour en tirer une conclusion claire. Seulement… ce n’était pas celle à laquelle ils s’attendaient. Dans un podcast, Les Binet raconte :

« Peter et moi avions tous deux été formés à penser qu’un marketing fort consiste à prendre un message rationnel et à lui offrir un habillage émotionnel. Or, ce que nous avons découvert était tout autre. Nous avons constaté que la publicité gagnait en efficacité à mesure qu’elle devenait moins rationnelle et misait davantage sur l’émotion pure. »

Le marketing comme exercice d’équilibre

Faut-il alors abandonner toute communication rationnelle — c’est-à-dire celle qui met en avant les bénéfices produit ou incite directement à l’achat ? Pas si vite, ont constaté Binet et Field. Car lorsque le contenu devait produire des résultats presque immédiats, la rationalité se révélait justement plus efficace. Les activations ou promotions à court terme ne devaient pas miser excessivement sur l’émotion, mais surtout être claires et directes.

Binet et Field ont appelé ces exceptions à leur règle flambant neuve le direct response marketing. Aujourd’hui, on parle plutôt de performance marketing ou marketing de performance. Conclusion finale de l’étude : les deux sont nécessaires. Le long et le court terme. Le travail de tout marketeur est donc essentiellement un exercice d’équilibre permanent : trouver en continu le bon dosage entre des messages émotionnels qui renforcent la marque sur le long terme et des messages rationnels qui génèrent du business à court terme. C’est ça la mission. Binet et Field avancent eux-mêmes un ratio indicatif de 60/40, mais dans la pratique, il appartient à chaque marketeur de déterminer la répartition correcte.

The dose makes the poison

Plus de treize ans après leur première étude, ‘Binet & Field’ est presque devenu un mantra obscur. Dans les réunions où l’on discute de campagnes de marque ou de génération de leads, il y a généralement quelqu’un pour murmurer « Binet & Field » sous sa barbe.

Et cela mérite d’être suivi — certes pas en le marmonnant. Car même si différentes études ultérieures basées sur des données IPA plus récentes ont reconfirmé les résultats essentiels, investir dans la construction de la marque est tout sauf un réflexe naturel dans les conseils d’administration. La révolution du marketing à la performance de la dernière décennie y est sans doute pour quelque chose. Depuis des années, les dirigeants entendent des conseils fondés sur la logique de la performance. Le résultat : un scepticisme profondément ancré à l’égard du brand building et des efforts marketing à long terme.

Les content marketers peuvent eux aussi en souffrir. Des questions comme « que nous rapporte réellement tout ce contenu ? » doivent être posées, mais y répondre de manière satisfaisante est délicat — surtout si la question arrive ‘trop tôt’. Les doigts levés et les citations éculées du type « le content marketing n’est pas un sprint mais un marathon » font — à juste titre — grimper aux rideaux plus de gens qu’ils ne résolvent réellement quelque chose. Une meilleure idée consiste à consulter la seule petite bible du marketing qui mérite ce nom et à agir en conséquence (voir encadré).

Ce que Binet et Field peuvent continuer à nous enseigner, c’est que le marketing n’est jamais un choix entre l’un ou l’autre, mais bien une question de dosage : « the dose makes the poison ». Faire uniquement du brand building assèche votre pipeline, mais trop de marketing de performance finit par tuer la marque à petit feu.

4 actions pour amener Binet et Field dans le boardroom (et les y garder)

1.     Faites de la répartition budgétaire une décision managériale explicite. Expliquez les objectifs business tant du brand building que de l’activation et déterminez chaque année quel pourcentage du budget marketing est alloué à chacun. Tant que cette répartition reste implicite, l’équilibre penchera vers la performance (car plus visible, plus rapide et plus facile à défendre).

2.     Réservez structurellement un budget pour une communication qui ‘ne doit rien faire’. La construction émotionnelle de la marque fonctionne par la mémoire et la répétition, pas par l’action immédiate. Si tout doit toujours ‘rapporter quelque chose’ tout de suite, le brand building disparaît de lui-même.

3.     Adoptez un plan de mesure qui compare des pommes avec des pommes et des poires avec des poires. Le brand building n’échoue pas parce qu’il ‘ne fonctionne pas’, mais parce qu’il est mesuré comme s’il s’agissait de performance. Repositionnez donc explicitement le content marketing comme un levier de construction de marque. En interne, ne le présentez pas uniquement comme un générateur de leads, mais comme un mécanisme de branding.

4.     Faites du trop-plein de performance un risque explicite. Inscrivez « érosion de la valeur de marque » dans la liste des risques réels. Les conseils d’administration comprennent mieux cela que des théories marketing abstraites.

Jonas Vandroemme

Managing Partner et Stratège, com&co

Comment le content marketing relie les deux mondes

Le regard du CMO : Yannick de Bièvre (Carrefour) sur le ratio entre marque et performance

18 février 2026

Il est facile de déclarer que le branding et la performance sont tous deux nécessaires. Jusqu'à ce que l’on se retrouve soi-même dans cette situation et que l’on doit prendre les bonnes décisions. Nous l’avons demandé à Yannick de Bièvre, Executive Director Commercial & Marketing.

Carrefour Food Magazine pourrait être davantage axé sur la performance, mais ce n’est pas nécessaire.

De quel œil voyez-vous la contradiction qui existe à première vue entre le brand marketing et le performance marketing ? 

Yannick de Bièvre : « Il ne s’agit évidemment pas du choix pour l’un ou pour l’autre. On a besoin à la fois du marketing de marque et du marketing de performance. Je peux cependant confirmer que c’est bel et bien une lutte permanente. C’est un sujet qui revient régulièrement dans les discussions que mes équipes et moi pouvons avoir. » 

Existe-t-il un équilibre idéal entre le brand marketing et le performance marketing ? 

Yannick de Bièvre : « CertainementCe qui est intéressant, c’est que nous le savons aussi effectivement. Il y a trois ans, chez Carrefour nous avons mis sur pied un modèle de mix média. Nous y avons défini quels types de messages et quels canaux nous considérons comme relevant du branding et lesquels relèvent de la performance. Cela nous permet désormais d’évaluer l’efficacité des campagnes, ainsi que le ROI de certains messages. » 

Comment se présente le ratio idéal pour Carrefour ? 

Yannick de Bièvre : « La performance – sous-entendant les promos, la communication sur les prix et autres – représente actuellement 60 % de nos investissements.  40 % sont donc destinés à la communication de marque. Idéalement, nous évoluons vers un équilibre de quelque 52/48 %. Il en ressort que le branding aussi a ses limites. » 

Pourquoi n’a-t-on pas encore atteint une proportion de 52/48 chez Carrefour ? 

Yannick de Bièvre : « Comme beaucoup d’autres marketeurs –dans le retail surtout – je n’ai pas le luxe de pouvoir choisir tantôt un objectif de performance, tantôt un objectif de branding. La réalité est que je dois combiner les deux stratégies dans une seule communication. Je suis par ailleurs convaincu que c’est possible. Cela dépend surtout fortement de votre média. 

Prenez l’exemple de la TV. Vous pouvez facilement vous y focaliser sur le branding dans un spot de 25 secondes, pour clôturer avec un tag promo de 5 secondes. Sur les médias sociaux et la radio, vous pouvez faire la même chose. 

D’autres médias, tels que les folders, les annonces Search ou les bannières publicitaires, sont plus fortement axés sur la performance. » 

Comment, chez Carrefour, combine-t-on la performance et le branding dans une seule campagne ? 

Yannick de Bièvre : « Notre Croc’Prix en est un bel exemple. La recherche avait montré que la communication des détaillants sur les programmes de fidélité, les promotions et les remises est perçue comme très confuse. C’est pourquoi nous avons créé un petit personnage qui englobe tous ces aspects et qui est notre mascotte. Nous n’avons pas fait cela pour générer des ventes supplémentaires, mais bien pour clarifier notre image en matière de prix. Mais que s’est-il avéré ? Les produits abordés dans cette communication  ont immédiatement vu leurs ventes monter en flèche. » 

La combinaison de la performance et du branding est-elle le meilleur moyen de défendre le marketing à long terme au sein du board ? 

Yannick de Bièvre : « En toute franchise, c’est surtout notre modèle de mix média qui y a contribué. Nous parlons ainsi le langage de la finance. C’est la seule façon d’avoir un impact au sein du conseil d’administration. Je constate que bon nombre de marketeurs peinent à définir des KPI pointus qui cadrent dans un P&L. » 

Quelle est, chez Carrefour, la place du content marketing dans cette histoire ? 

Yannick de Bièvre : « Dans notre structure, il se situe plutôt côté branding. Ce sont des brand marketers qui s’en occupent. 

Notre Carrefour Food Magazine est sans doute le meilleur exemple. C’est du pur branding, qui vise à inspirer les gens.  Chaque numéro contient toutefois aussi des annonces et des pages avec des coupons.  

Le magazine a déjà été critiqué à quelques reprises, mais toutes les études concordent à dire que tant les magasins que les clients apprécient fortement Carrefour Food Magazine. Il s’agit d’un mode de communication gratuit et extrêmement pertinent. 

Carrefour Food Magazine pourrait sans doute s’axer davantage sur la performance, mais ce n’est pas nécessaire. Nous avons d’autres canaux pour cela. » 

L’impact du content marketing est-il facile à mesurer ? 

Yannick de Bièvre : « Je constate peu d’évolution ces dernières années. La mesure de l’impact reste une zone grise. Il me manque une méthode standardisée. Une sorte de currency qui ferait l’unanimité. Cela me permettrait de défendre le marketing de contenu avec les mêmes armes que d’autres techniques. Car je continue à y croire. 

Je viens de dire que notre magazine contient des annonces. En fait, cela ne devrait pas être nécessaire… Les résultats de Carrefour Food Magazine devraient parler d’eux-mêmes. Mais il est néanmoins nécessaire de de maintenir le modèle en équilibre. » 

Quel conseil donneriez-vous aux jeunes marketeurs qui ont du mal à démontrer la valeur ajoutée du branding ? 

Yannick de Bièvre : « C’est un conseil que je donne souvent : en tant que marketeur, vous commencez par le doute. Vous n’êtes pas sûr de ce qui fonctionnera. C’est pourquoi je recommande à tout marketeur débutant de faire des tests. Même si vous n’avez qu’un petit budget. Essayez ce qui fonctionne et puis seulement mettez le paquet. Cela vaut également pour le dilemme marque versus performance. Testez simplement à petite échelle ce qui fonctionne. 

Si vous savez ce qui fonctionne, cela n’est pas seulement important pour vous. Cela vous aide aussi à convaincre l’organisation d’opter pour cette solution. »

Yannick de Bièvre

Executive Commercial & Marketing Director, Carrefour

Mettons-nous la barre assez haut pour construire le pont ?

Pourquoi les marques sont en train de perdre leur âme

Les marques choisissent de plus en plus souvent les données, les algorithmes et les dashboards au détriment d’un message humain et authentique. C’est le constat de Bert Goessens, Managing Partner chez Bold & Pepper. Il se pose la question de savoir ce qu’il reste de votre marque si vous ne construisez du contenu que pour convertir.

Lu avec étonnement dans le journal* :

J’ai d’abord annoncé à l’application que j’étais enceinte, et seulement ensuite à mon mari.

Cette citation ne parle pas seulement de la grossesse à l’ère numérique. Elle parle de l’ordre des choses. On pourrait tout de même penser que si l’on a quelque chose d’important à raconter, on préfère le transmettre de manière humaine et authentique. À son partenaire. À son équipe. À son client. Il s’avère que ce n’est pourtant pas toujours le cas… 

Des fissures dans le récit de marque 

En marketing aussi, nous voyons des organisations sauter de plus en plus souvent cette étape humaine. Les marketeurs se ruent avec leur ‘bébé’» sur les plateformes. Là, les données, les algorithmes et les dashboards prennent rapidement le pas sur le message. Les données ne sont pas négligeables, mais votre message doit d’abord être juste avant de commencer à le diffuser.  

Le marketing à la performance est indispensable. Il aide les marketeurs à activer et à ajuster leurs services ou produits. C’est pratique, jusqu’à ce qu’il se mette aussi à rédiger le message. Car lorsque la performance prend les commandes avec ses cycles courts et ses clics rapides, des fissures apparaissent dans le récit de marque. Non pas parce que la performance est mauvaise en soi, mais parce que sa logique s’immisce dans la voix de la marque. Avant même de vous en rendre compte, vous ne communiquez plus que pour plaire à l’algorithme. Vous livrez alors — tout comme dans la citation d’Amanda Hess plus haut — votre message d’abord au système, et seulement ensuite à l’humain. 

Dans le bon ordre 

Que reste-t-il de votre marque si vous ne construisez plus du contenu que pour convertir ? Récemment, j’étais dans une agence de marketing à la performance. Nous discutions des blogs, de leur signification et des efforts qu’ils demandent. Pour eux, un blog est un véhicule pour générer du trafic, nourrir des stratégies SEO ou soutenir des campagnes. Pour une agence de marketing de contenu, c’est une opportunité d’élaborer un récit, de démontrer une expertise et de gagner la confiance. Le même mot. Deux spécialités. Et donc aussi : deux types de contenu. 

La marque et la performance ne sont pas des opposés, mais un ordre logique. La marque construit le contexte, la confiance et la reconnaissance. La performance peut accélérer, tester et activer cela. 

L’IA rend cette tension plus vive. Les canaux sont submergés de contenus génériques. La fréquence devient un KPI. Résultat : un contenu qui cartonne en clics et en mentions ‘j’aime’, mais pas en valeurs de marque. Pas de signature. Pas d’âme. Pourtant, la marque et la performance ne sont pas des opposés. Ils sont un ordre logique. La marque construit le contexte, la confiance et la reconnaissance. La performance peut accélérer, tester et activer cela. 

Gardez votre rôle de parent 

La question n’est pas : utilisons-nous des données ? La question est : qui écrit le récit ?:Lors d’une grossesse, on se fie aux conseils et aux statistiques, mais au final, on se fie aussi à son intuition. Une application ne pourra jamais saisir cela. Le goût, l’expérience et les choix éditoriaux restent donc nécessaires. Car si la performance se met à écrire votre récit de marque, vous perdez quelque chose que l’on ne rachète pas si facilement : une voix propre. 

Laissez donc les applis réfléchir avec vous et donner une direction, mais veillez à rester vous-même le parent de votre marque. 

*De Standaard, 24/01/2026 : Journaliste Amanda Hess schreef een boek over moederschap in digitale tijden

Bert Goessens

Managing Partner, Bold & Pepper

Le branding agit plus lentement, mais plus durablement

Performance marketing vs brand marketing : « Ce n’est pas un combat, c’est une course relais »

Ce n’est pas une question de ‘soit l’un, soit l’autre’, mais de ‘ et l’un, et l’autre’. La performance et le branding ont tous deux leur utilité, estime Karen Vandenbossche, Strategic Director chez BeContent. Plus encore, il existe un pont entre les deux. Et ce pont s’appelle le content marketing.

Peu de discussions en marketing reviennent aussi souvent que celle-ci : faut-il miser sur la performance ou sur la marque ? Et honnêtement : le problème ne vient généralement pas du fait qu’une marque fait ‘le mauvais choix’. L’échec survient parce qu’on confond le marketing à la performance et le marketing de marque, et qu’on attend ensuite que l’un des deux résolve le travail de l’autre. 

Nous menons des campagnes de conversion et ressentons de la frustration parce que personne ne s’emballe vraiment. Nous créons une magnifique vidéo de marque pour ensuite nous demander pourquoi les commandes n’affluent pas. Nous voyons un KPI chuter et réagissons avec un réflexe qui est presque toujours le même : plus de budget, plus de pression, plus de publicités. Cela n’est pas une stratégie. C’est de la gestion de stress avec un budget média. 

La différence entre l’intention d’achat existante…  

En tant que content marketer (et quelqu’un qui a le cœur qui bat pour le contenu), j’y porte un regard légèrement différent : ce sont deux phases d’une même histoire et le contenu est souvent la colle qui les fait travailler ensemble. 

Le marketing à la performance est, par essence, de la demand capture : il capte une intention d’achat existante et la transforme en action. On retrouve la performance là où les gens sont déjà en mode ‘marche’. Elle répond principalement à la question : « Pourquoi acheter maintenant ? », par exemple : ‘livraison gratuite aujourd’hui’ ou ‘réduction temporaire’… 

Cependant, la performance répond beaucoup moins bien à la question : « Pourquoi vous ? ». Et c’est précisément là que le bât blesse souvent. Car le « pourquoi vous ? » n’est pas un bouton que l’on active dans l’Ads Manager. C’est le résultat de tout ce qu’une personne a déjà vu, ressenti et retenu de vous bien avant de cliquer sur votre publicité. 

La performance est un multiplicateur. Elle amplifie ce qui est déjà vrai. Si votre positionnement est pointu, elle amplifie la clarté, mais si votre marque semble interchangeable, elle amplifie… l’interchangeabilité. 

… et la création de la demande  

Le marketing de marque, en revanche, est de la demand creation : il crée du contexte, de l’émotion et de la reconnaissance. Il fait le travail avant le clic. Il construit ce sentiment de : « Ah oui, eux. Je les connais. Ils me correspondent. » Pas parce que vous le criez fort, mais parce que vous le montrez de manière cohérente. 

Le marketing de marque réside dans :  

  • le storytelling et les campagnes de marque,  
  • les relations publiques et les earned media,  
  • les collaborations et les moments culturels,  
  • les événements, les pop-ups et les expériences réelles,  
  • le packaging, le design, le tone of voice, l’univers de votre marque.  

Le marketing de marque ne ‘pousse’ pas à la conversion. Il construit la préférence. Et ce qu’il y a de plus beau (et de plus compliqué) à ce sujet : quand c’est bien fait, cela fonctionne souvent de manière silencieuse. Cela s’accumule dans l’esprit de votre public. 

Le contenu comme pont  

Mais où se place le content marketing dans cette histoire ? C’est là que cela devient intéressant. Car dans la pratique, le content marketing est souvent le pont entre le branding et la performance. En effet, le contenu fait trois choses à la fois :  

  • Il construit du sens (brand) ; 
  • Il prouve la confiance (preuve sociale, expertise, communauté) ; 
  • Il fournit le carburant pour la performance (créations, accroches, formats, actifs de reciblage). 

Le contenu est ce que les gens consultent après qu’ils ont vu votre publicité et qu’ils se disent : « Vérifions si ça tient vraiment la route. » 

Et ce n’est pas un détail. C’est le moment précis où, généralement, la croissance s’accélère ou, au contraire, s’arrête net. Car comment les gens se comportent-ils réellement ? Ils voient une publicité. Ils cliquent (parfois), mais n’achètent souvent pas tout de suite. Ils vont d’abord ‘regarder autour d’eux’ (consulter vos médias sociaux, vos avis, vos contenus, …). Et c’est alors qu’ils décident si votre marque est crédible. Si votre contenu n’est pas convaincant à ce stade, vos publicités auront souvent l’effet inverse. 

Donc… le branding et la performance doivent travailler ensemble. La marque fait en sorte que les gens vous désirent, la performance fait en sorte qu’ils achètent. Et si vous mettez ce système en place correctement, la croissance ne s’apparentera soudain plus à tirer sur une corde, mais à attirer. 

Karen Vandenbossche

Co-Founder & Managing Partner, BeContent

Comment le content marketing relie ces deux mondes

Comment mesurer le succès dans une stratégie owned audience?

11 décembre 2025

Le succès dans une stratégie owned audience ne se résume pas à une métrique, mais est le fruit d’un ensemble de croissance, d’engagement et de conversion que l’on maintient en mouvement comme une sorte de volant d’inertie. Ceux qui n’ont d’yeux que pour les likes ou un seul canal, passent à côté de la situation dans son ensemble et prendront de mauvaises décisions à court terme.

Le succès en matière d’owned audiences (audiences propres ou propriétaires) commence par trois objectifs interdépendants : faire croître votre base de données, garder ces contacts engagés et au final réaliser des conversions de valeur. Bart Lombaerts, Head of Content chez Spyke, décrit le processus comme un volant d’inertie : « Vous avez de nouvelles personnes à recruter et vous devez veiller à ce que ces gens que vous avez attirés s’engagent et restent engagés. Et à un certain moment, il faut qu’il y ait conversion. C’est un tout autre processus qu’avec la publicité », souligne-t-il. « Dans le content marketing, contrairement à la publicité, il s’agit d’offrir une valeur ajoutée durable jusqu’à ce que la conversion suive naturellement, parfois seulement après de nombreux mois, voire des années. Cela rend la mesure moins prévisible qu’avec la publicité classique, mais c’est précisément pour cette raison que le modèle derrière vos KPI doit être réfléchi et basé sur le long terme. »

De métriques de vanité à de vrais KPI

Les clics, les likes et les vues témoignent surtout de la popularité et sont de typiques ‘vanity metrics’ qui révèlent rarement quelque chose sur l’impact. Ils sont utiles en tant que signal, mais ne peuvent jamais constituer le cœur de votre case. D’après les experts en content marketing, les KPI pertinents partent de trois questions : votre base de données croît-elle au bon rythme, cette base de données reste-t-elle active et cela se traduit-il par un une conversion ou une valeur client concrètes ? Le but est de comprendre quel levier – croissance, engagement ou conversion – il convient d’ajuster pour faire tourner plus rapidement le volant d’inertie.

1re phase : construire votre public

Dans la première phase, vous observez surtout l’afflux : combien de nouveaux contacts touchez-vous et combien d’entre eux vous laissent leurs coordonnées ? Ici, des métriques telles que les clics, les reads, l’interaction sociale et, surtout, le nombre et le rythme de croissance des adresses électroniques ou autres ‘identifiants’. Ce n’est pas seulement l’ampleur absolue, mais aussi l’évolution dans le temps qui est cruciale pour voir si votre machine d’audience propre tourne à plein régime. Les cibles intelligentes aident la stratégie : je veux que ma base de données croisse de 20 % par an ; je veux que 40 % à 50 % de cette base de données ouvrent chaque newsletter ; …

2e phase : entretenir votre public

L’engagement réel se mesure en étudiant ce que font les contacts après que vous les ayez recrutés. Les KPI pertinents dans ce contexte ? Le taux d’ouverture des newsletters, le taux de clic sur le contenu, le temps passé sur des pages spécifiques et les visites répétées au site ou à la plateforme. En affinant des chiffres superficiels, vous les rendez plus qualitatifs : par exemple, pas simplement le ‘nombre de clics’, mais le ‘pourcentage de visiteurs qui visionnent au moins la moitié de la page et restent au moins 30 secondes’. Vous évoluerez ainsi de métriques de trafic brutes à des indications d’intérêt réel et de fidélité de marque. À cet égard, Jef De Busser, Content Director chez HeadOffice, recommande le modèle RFM (Recency, Frequency, Monetary) pour mesurer la valeur de la base de données : « Il s’agit en fait de trois paramètres qui mesurent la valeur de votre base de données de contacts », dixit De Busser. « Avec quelle fréquence se retrouvent-ils sur votre canal, combien d’argent dépensent-ils, … ? »

3e phase : convertir votre public

Dans la troisième phase, vous étudiez qui devient effectivement client et combien de valeur ces clients génèrent. La conversion peut être plus que l’achat. Il s’agit aussi d’essais, de demandes de devis, de visites en magasin, d’inscriptions à des événements ou de souscriptions à un programme de fidélité.

KPI, targets et le piège du court terme

Un bon KPI vous aide à réaliser un objectif stratégique, mais dès que ce KPI devient un but en soi, la qualité se détériore, lance Jef De Busser. « Quiconque souhaite, par exemple, collecter à l’aveuglette 100.000 adresses électroniques, court le risque de se constituer une base de données volumineuse ayant toutefois peu de valeur. » Les experts préconisent dès lors de toujours coupler les KPI à la qualité : mieux vaut croître lentement avec des adresses pertinentes que rapidement avec des contacts non pertinents. Le grand avantage de l’on-line est par ailleurs aussi un inconvénient lors de mesures. Tout peut être mesuré, ce qui fait qu’on intervient souvent trop rapidement. Bart Lombaerts préconise la patience : « Faites attention aux choses qui sont vraiment importantes, mais soyez aussi patient. Une stratégie owned audience est un marathon, pas un sprint. Donnez à une initiative au moins six à douze mois avant d’en tirer des conclusions définitives. »

Signaux positifs

Même si la conversion est encore à la traine, il peut y avoir des signes évidents qui indiquent que votre stratégie owned audience fonctionne. Une croissance saine et stable de votre base de données, des taux d’ouverture et de clic en hausse et plus de visites répétées sont tous des signaux que le volant d’inertie se met à tourner. Par contre, un ralentissement dans l’afflux ou des chiffres d’engagement en baisse indiquent que vous devez rectifier le tir au niveau du contenu, du ciblage ou du mix des canaux. Plus vous accumulez d’historique, plus vous pouvez analyser les divergences, tant positives que négatives, et manipuler les manettes en conséquence.

Benchmarks et historique propre

Les benchmarks externes, tels que le Custometer ou les taux de clic moyens dans votre secteur, peuvent aider à cadrer les chiffres. Ils sont utiles pour expliquer en interne que, par exemple, avec un taux d’ouverture supérieur à la moyenne du marché, vous êtes vraiment sur la bonne voie. Néanmoins, votre propre historique reste le point de référence le plus important : si votre CPC,  votre engagement et votre conversion évoluent dans la bonne direction, vous êtes en train de progresser, même si vous n’avez pas encore atteint le chiffre de benchmark idéal. En matière d’owned audiences, le succès consiste donc avant tout à démontrer, année après année, que la qualité et la valeur de votre public augmentent.

Jef De Busser

Content Director, HeadOffice

Bart Lombaerts

Head of Content, SPYKE

Comment se présente l'avenir des owned audiences ?

‘Op de groei’ en tant que moteur de croissance pour Atlas : la lettre d’information qui galvanise chaque mois 14.000 abonnés

Sur le marché, les sociétés de formation grisâtres, les coaches autoproclamés et les contenus RH conventionnels pullulent. Comment encore sortir du lot et –surtout – comment continuer à alimenter une large cible de cadres de précieux insights ? Com&co et Atlas le font depuis fin 2024 avec un récit de marque rafraîchi, une approche de construction de marque cohérente et une lettre d’information rebelle qui galvanise chaque mois plus de 14.000 abonnés.

La cohérence plutôt que l’intensité

Depuis 1986 déjà, Atlas aide les professionnels, les équipes et les cadres dirigeants à mieux vendre, à diriger avec une vision et à travailler de manière plus efficace. Donc, un original dans le monde des RH. Seulement, comment faire comprendre à chaque fois aux membres de ce large groupe cible ce qui les distingue exactement des formateurs ordinaires ?

Tout d’abord, en s’appuyant sur un récit de marque fort. Depuis fin 2024, celui-ci tourne autour d’une vision unique à long terme axée sur la croissance. Avec une culture imprégnée des éléments constitutifs que sont la curiosité, le courage et la discipline. Ce n’est donc pas un hasard si Atlas positionne ses formateurs comme des ‘architectes de la croissance’ qui ‘bousculent les idées reçues’. Bref, quiconque opte pour Atlas, le fait en toute connaissance de cause – et généralement aussi pour le long terme.

Au sein de cette approche de construction de marque, une série de nouveaux formats ont vu le jour. Ainsi, Atlas publie chaque mois la série d’opinions Dwarsdenker (le nom dit ce que c’est: une série qui ‘réfléchit à contre-courant’), des récits de croissance inspirants de clients et le format candide FAAQ (Frequently Asked Atlas Questions).

Restait la question de savoir comment transmettre ces insights, coup sur coup, aux bons groupes cibles, sans investissements massifs dans la publicité payante ?

De public fidèle à clients

Dans la stratégie de distribution d’Atlas, ‘Op de groei’ occupe une place centrale en tant que canal. La newsletter mensuelle couvre en effet plusieurs objectifs à la fois :

  • Montrer aux clients existants qu’Atlas est bien plus que ‘leur’ simple formateur ou leur besoin spécifique en matière de formation. L’entreprise le fait en raccrochant chaque édition de la lettre d’information à un formateur Atlas différent. Les clients apprennent ainsi à connaître plusieurs experts, des visions différentes et d’autres thèmes de formation. À terme, cela favorise l’up-selling et le cross-selling.
  • Les participants aux séances de formation (tels que les commerciaux ou les chefs d’équipe) se voient ensuite offrir la possibilité de s’abonner. Ce que la plupart font. Bien qu’ils ne soient pas nécessairement les décideurs, souvent ils influent sur le processus décisionnel. De plus, bon nombre d’entre eux évoluent à terme vers des postes plus élevés dans la chaîne.
  • ‘Op de groei’ est le seul outil de conversion douce sur le site d’Atlas, destiné à un public intéressé par les visions à contre-courant sur des thèmes de RH classiques tels que la gestion humaine, le bonheur au travail ou les équipes autonomes. Atlas transforme ainsi de nobles inconnus en un public fidèle, et – en fin de compte – en clients.

 ‘Op de groei’ est soumis à la même répartition d’objectifs que la stratégie dans son ensemble : 75 % de contenu de valeur (long terme) vs. 25 % de contenu commercial (court terme).

Et maintenant ?

Le public d’Atlas croît et ne cesse de croître. Après 11 éditions, la lettre d’information compte plus de 14.000 abonnés. La newsletter n’est pas seulement le moteur de construction de marque derrière Atlas ; c’est aussi un générateur de leads. Quelque 10 % de toutes les demandes de contact proviennent de la lettre d’information.

Encore quelques résultats :

  • Taux d’ouverture moyen : 32 %
  • Taux de clic moyen : 2,5 %
  • Taux moyen de clics par ouverture : 8 %

L’owned media en tant que levier stratégique : le succès de Myfloorstyle de BerryAlloc

Dans un marché compétitif rempli de produits similaires, il est de plus en plus difficile pour les marques de convaincre les clients. C’était aussi le défi que BerryAlloc, spécialiste des revêtements de sol et de la décoration d’intérieur, a soumis à Propaganda. Les experts en content marketing ont déplacé le focus des annonces vers l’owned media et ont créé, avec Myfloorstyle, une plateforme qui inspire, accompagne et convertit les clients.

Ceux qui recherchent un nouveau sol aujourd’hui, ne se rendent plus en magasin. La recherche commence en ligne, partant d’interrogations, de doutes et, surtout, d’un énorme besoin d’inspiration. Un défi sans précédent, car comment convaincre les gens si leur comportement de recherche se fragmente et les plateformes comparatives positionnent votre marque comme l’une parmi tant d’autres ?

BerryAlloc a compris qu’il fallait faire plus que montrer des informations produit et espérer qu’une fois passés le seuil du distributeur local, les clients opteraient pour les produits BerryAlloc. La marque voulait jouer un rôle pertinent dans l’ensemble du processus décisionnel, de la première inspiration à l’accompagnement pratique pendant et après l’achat. En d’autres mots, BerryAlloc cherchait à attacher les clients potentiels à sa marque, avant même qu’ils ne se rendent chez le distributeur. Mais comment s’y prendre ?

Un content hub stratégique et une propre audience

En réponse à cette question, Propaganda a imaginé Myfloorstyle, une plateforme de contenu de marque qui n’est pas fondée sur les pushs produits, mais sur les connaissances, l’inspiration et l’assistance. La plateforme rassemble les tendances en matière de décoration d’intérieur, des conseils sur les couleurs, des astuces de bricolage, des guides d’entretien et une expertise pratique sous une forme lisible, stylée et accessible. Chaque élément de contenu est soigneusement optimisé pour les moteurs de recherche, de sorte que la plateforme attire des visiteurs activement à la recherche d’informations sur les sols et l’intérieur, et ce, de manière organique.

Plutôt que de dépendre de campagnes payantes ou de la communication de détaillants, Propaganda a consciemment opté pour l’owned media. Au-delà du choix formel, cela s’est avéré être un levier stratégique.

  • Une maîtrise totale de l’expérience de marque
    Le client BerryAlloc détermine lui-même le tone of voice, les formats de contenu et la navigation sur la plateforme. Pas de fragmentation, mais bien un positionnement cohérent à travers la customer journey tout entière.
  • Une présence tout au long du processus décisionnel
    Des premiers moodboards à la dernière question sur l’entretien : Myfloorstyle accompagne les intéressés pas à pas. Une fois qu’on se retrouve sur la plateforme, on y trouve tout ce qu’il faut pour opérer des choix.
  • Plus de pertinence et de confiance
    Au lieu de pousser les promotions, la plateforme fournit du contenu de valeur. Cela crée de l’autorité, de la crédibilité et un sentiment de confiance que les clients ressentent toujours au moment où ils décident de finaliser leur achat.
  • Un rendement à long terme
    Alors que les campagnes paid s’arrêtent dès que le budget est épuisé, une owned audience continue à croître. En publiant de nouveaux contenus de manière consistante, la visibilité et la trouvabilité de la plateforme ne cessent d’augmenter.

Avec Myfloorstyle, BerryAlloc crée un écosystème central, qui grâce à une infrastructure de contenu durable continue à inspirer et activer les clients potentiels.

D’inspiration à conversion

Cette approche axée sur le contenu, avec le SEO comme arme secrète, donne des résultats clairs. Le trafic de recherche organique, presque entièrement ‘non-branded’, s’avère être la source de trafic la plus importante. En moins d’un an, BerryAlloc a touché 10.000 nouveaux utilisateurs, qui, sinon, ne se seraient pas retrouvés chez la marque. Quiconque est à la recherche de conseils en matière de revêtements de sol, finira tôt ou tard par tomber sur elle. Pas par le biais de campagnes onéreuses, mais grâce à des contenus intelligents.

Le fait que ces contenus continuent à susciter l’intérêt est également prouvé par le taux d’engagement de plus de 70 %. Les articles parviennent en outre à retenir les visiteurs sur la page pendant 2 minutes en moyenne, ce qui est une demi-seconde de plus que la moyenne pour les blogs B2C. Grâce à l’offre permanente de contenus pertinents, BerryAlloc parvient à faire croître sa propre audience. De plus, en combinant ce contenu de valeur avec la collecte de données, BerryAlloc pourra, à l’avenir, toucher son public cible avec encore plus de facilité.

Avec Myfloorstyle, BerryAlloc ne se contente pas d’améliorer la visibilité, mais renforce aussi la valeur durable de la marque. La plateforme rend la customer journey plus simple, plus personnelle et plus cohérente, et utilise ainsi l’owned media comme un moteur commercial.

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